LE

L'engouement pour défendre le camp de la liberté

Retour
| 23 Avril 2014 | 15783 vues
Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 765

Chaque année la Légion étrangère honore le sacrifice des légionnaires du capitaine Danjou, glorieusement tombés au Mexique, le 30 avril 1863, dans l'accomplissement de la mission qui leur avait été confiée : assurer la couverture au profit d'un convoi logistique ravitaillant les unités françaises qui assiégeaient la ville de Puebla.

Ce combat regroupe à lui seul toutes les valeurs fédératrices de la Légion étrangère : le caractère sacré de la mission, la fidélité à la parole donnée ainsi que la communauté de destin choisie et acceptée par les offi ciers, sous-offi ciers et légionnaires. Ces trois vertus légionnaires connues de tous, expliquées aux plus jeunes et commentées à chaque occasion constituent le fondement de l'esprit de corps qui nous anime.

Il s'agit de mettre en avant la conception héroïque et désintéressée de l'accomplissement de la mission, quel qu'en soit le prix. Le serment renouvelé par les légionnaires face à la mort souligne le sens profond de leur engagement, le culte de l'honneur, de la fidélité au chef et aux frères d'armes. À cela s'ajoute un témoignage exceptionnel de solidarité, faite d'estime réciproque, de confi ance mutuelle et de cohésion. Tout cela afin que, dans les moments les plus durs du combat, les légionnaires témoignent toujours de ce supplément d'âme, de cette force morale et de ce remarquable sens de la discipline qui ont été forgés patiemment et quotidiennement au quartier comme à l'entraînement.

Aujourd'hui comme hier, Camerone demeure la référence pour tous les légionnaires qui vivent cette cérémonie avec une intensité particulière. En entendant le récit de ce combat, chacun renouvelle intérieurement le serment qu'il a fait le jour où il a coiffé le képi blanc qu'il avait mérité, en promettant alors de servir avec honneur et fidélité.

Aujourd'hui comme hier, dans nos régiments, ces valeurs restent immuables. Le culte du courage et du dépassement de soi sont source d'une légitime fierté faite d'estime de soi, à l'instruction comme en opération.

Aujourd'hui comme hier, la mise en avant de l'abnégation et du sens de l'honneur, prend tout son sens.

Cette année est marquée par le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre. Dans cette période riche et douloureuse de l'Histoire de France, la Légion étrangère a écrit des pages magnifiques montrant l'héroïsme d'étrangers ayant choisi de combattre dans le camp de la liberté. Dès 1914, ils se bousculent pour rejoindre la Légion, seule formation pouvant les accepter. Parmi eux, quelques-uns formeront le noyau de la future escadrille La Fayette. Témoignage de l'histoire, le 28 septembre 1919, à l'Hôtel des Invalides, une plaque est inaugurée, portant cette inscription : "Le 21 août 1914, des hommes libres de toutes les Nations du monde, s'enrôlèrent ici, pour la France et le droit". Tous ces hommes avaient peut-être partagé la vision de Jefferson, troisième président des États-Unis, philosophe et très francophile, pour qui "tout homme de culture a deux patries, la sienne et puis la France".

Le 30 avril prochain, en hommage à tous ces volontaires de 1914, trois légionnaires seront mis à l'honneur pour porter et escorter la main du capitaine Danjou, trois étrangers engagés pour servir ce pays qui n'était pas le leur.

Enfin, la cérémonie à Aubagne sera rehaussée cette année aussi par la présence d'un invité d'honneur bien particulier : SAS le prince Albert II de Monaco dont la présence témoignera du lien historique très privilégié qui unit la principauté de Monaco et la Légion étrangère. Sortant de Saint Cyr en 1893, son arrière-grandpère, futur Louis II, est affecté au 1er Régiment étranger en tant qu'officier servant à titre étranger. En 1914, il s'engage à nouveau pour la durée de la guerre. Il sera plus tard nommé sergent-chef d'honneur et la Principauté de Monaco recevra la distinction de 1re classe d'honneur de la Légion étrangère. À l'occasion du centenaire de son engagement dans la guerre, la Légion étrangère est fière et très honorée d'accueillir un tel invité.

Comme chaque année, le cérémonial superbement orchestré regroupe les légionnaires autour de ces valeurs qui font notre force. Partageons ensemble ce moment unique, fait d'un profond recueillement, et d'une rigueur parfaite.

Les légionnaires d'hier et d'aujourd'hui savourent avec une immense fierté, le droit qui leur a été donné de servir la France.

 

Général Christophe de Saint Chamas,
commandant la Légion étrangère

 

Source : Képi Blanc magazine
Crédit : Légion étrangère