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La Légion, beaucoup en parlent, peu la connaissent

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| 11 Octobre 2011 | 17709 vues
Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 736

Quelques semaines après avoir pris le commandement de la Légion étrangère, je souhaite réfléchir avec vous aux spécifi cités qui nous caractérisent.

Cela veut dire, pour l'essentiel, réfl échir à ce qui nous oblige, dans le sens ancien de ce terme : la confiance de la nation, qui a voulu, il y aura bientôt deux cents ans, faire porter ses armes par des étrangers ; la confiance de ces étrangers, prêts à se sacrifier pour un autre pays que le leur ; et la longue et honorable tradition de souffrance et de gloire qui en découle.

La singularité première de la Légion étrangère réside dans son statut. L'existence de cette troupe résulte de la loi, expression de la volonté nationale. Si historiquement, c'est une ordonnance du roi Louis Philippe qui a créé la légion étrangère en 1831, c'est aujourd'hui la loi du 24 mars 2005 portant statut général des militaires qui consacre la capacité de la Légion étrangère à accueillir, dès le temps de paix, des volontaires venus des cinq continents. Il s'agit d'un véritable choix politique émanant du vote du législateur. De cette décision fondatrice découle une réalité : la particularité du recrutement de la Légion étrangère car l'accueil d'étrangers est différent du recrutement de jeunes citoyens français.

Si cette singularité de notre recrutement est généralement connue, la Légion étrangère elle-même est souvent mal connue. J'ai été récemment frappé par cette phrase inscrite sur une affiche ancienne : "la Légion, beaucoup en parlent, peu la connaissent". Alors que les moyens d'information se sont considérablement développés, ces propos restent toujours d'actualité.

Je constate en effet que la Légion étrangère suscite aussi bien l'admiration que les critiques. Et derrière ces perceptions différentes se masque le plus souvent une méconnaissance de cette institution, liée à un paradoxe qui lui est inhérent.

D'un côté, les légionnaires appartiennent à des unités de l'armée de Terre. Celles-ci reçoivent les mêmes missions que les autres, sont engagées sur les mêmes théâtres d'opérations, dans le but de réaliser avec rigueur et modestie l'idéal partagé par les troupes françaises. En ce sens, rien ne doit distinguer les unités de la Légion des autres unités de l'armée de Terre.

De l'autre, les légionnaires sont des étrangers volontaires qui s'engagent jusqu'au sacrifi ce de leur vie, pour un pays qui n'est pas le leur, pour un pays qui n'est pas leur patrie. Etranger venu servir la France, le légionnaire n'est donc pas un soldat servant sa patrie mais un soldat servant la France avec honneur et fi délité. Et cela même est singulier et m'amène à insister sur ce point : commander à la Légion étrangère, du chef de groupe au général, c'est avoir à l'esprit ces deux faces de l'entité légionnaire.

Nous devons en tirer une juste fi erté et le désir de nous montrer à la hauteur du pays qui nous confi e le soin de défendre ses valeurs aux côtés de nos camarades de l'armée de Terre comme de ces hommes venus de tous les horizons pour accomplir chez nous un destin d'honneur et de fidélité.

J'attends de chaque cadre et légionnaire, la détermination à mener de front ces deux défis, avec enthousiasme, courage et simplicité.

À cette fin, je voudrais à la fois vous mettre en garde et vous dire ma confiance.

Vous mettre en garde, parce qu'il ne saurait, à la Légion encore moins qu'ailleurs, être question de se laisser aller à l'esprit de discussion, de controverse, ou de soupçon. Notre singularité doit au contraire nous inciter à nous montrer exemplaires.

Vous dire ma confiance, parce que je sais ce dont vous êtes capables, selon la tradition de nos anciens.

Je veillerai pour ma part à ce que la Légion étrangère continue de réaliser ce pour quoi elle a été créée et qui lui vaut l'estime du pays tout entier.

Bonne lecture à tous !

Le général de Saint Chamas