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Défendre ce qui en vaut la peine

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| 17 Juin 2011 | 16884 vues
Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 733

J'entends souvent dire ici ou là dans nos rangs qu'il faut nous inscrire dans une attitude résolue de défense de nos spécificités légionnaires. Mais je sais aussi à quel point cette propension que nous avons à nous ériger en gardiens de particularismes peut avoir le don d'agacer...

Force est de constater que nous sommes à bien des égards différents. Cette différence, nous la revendiquons. Chacun de nos légionnaires en a une conscience très aigue. Elle fonde pour une bonne part notre esprit de corps. Elle se raisonne souvent en termes de respect, de considération et de reconnaissance fièrement affirmés. Elle mérite donc d'être préservée. Mais elle ne le mérite qu'à condition d'être bien appréhendée ! Les habitudes, les usages en vigueur ou les signes extérieurs ne sont pas des objectifs en tant que tels. Ils ne sont en effet tout au plus que les aspects visibles (plus ou moins susceptibles d'évolutions) d'une réalité beaucoup plus large.

Cette réalité c'est celle du service à titre étranger. C'est ce choix éminemment politique qu'a fait notre pays de se doter d'une formation militaire composée d'étrangers à laquelle est confiée une partie des armes de la France (mission régalienne par excellence) pour assurer la défense d'une patrie qui n'est pas la leur. C'est un choix qui est inscrit dans les lois de la République. Et c'est un choix dont le général COMLE a pour mission de se porter garant devant le chef des armées en termes de fidélité, de fiabilité, de cohésion et de qualité de l'outil de combat que nous formons.

Quand nous y réfléchissons bien, c'est uniquement ce choix qui doit être défendu. Les caractéristiques qui en découlent sont multiples, mais elles n'ont qu'une valeur relative. Elles sont des modalités qui ont vocation à être adaptées. La seule obligation d'ordre général est celle d'un dispositif singulier qui permet de justifier la pertinence du choix politique.

Au premier rang de nos préoccupations identitaires, il y a bien sûr l'homme, le légionnaire. Il n'est pas français et en général ne parle pas notre langue. Il est ensuite le plus souvent à la recherche d'une seconde chance dans la vie et la Légion lui en offre l'opportunité en lui permettant de rompre avec son passé. Ces deux traits saillants de notre recrutement fondent à eux seuls notre style propre, nos règles de vie et notre identité. Ce qu'il faut défendre avec vigueur, c'est uniquement cette spécificité humaine car elle est notre seule vraie richesse.

Les textes fixent avec précision les domaines qui nécessitent un traitement particulier ; ils sont devenus au fil du temps les attributions du COMLE : ces domaines touchent à la gestion au sens large des ressources humaines, que complète un volet codifié ayant trait au moral, aux traditions et au patrimoine. Ce "socle" de fonctions dédiées a lui-même déterminé la mise en place d'un "socle organisationnel", d'un "dépôt commun", articulé autour de nos trois régiments de base que sont les 1er et 4e Étranger et le Groupement de recrutement. C'est à ces unités que revient la tâche de forger notre unité et notre cohérence d'ensemble. Plus qu'un enjeu de pouvoir, c'est une puissante réalité de nature sociologique qu'il faut faire vivre.

Il faut en revanche à tout prix éviter de nous engager dans de faux-combats qui concerneraient des particularismes sans fondements : emploi des forces, discipline, soutien, matériels, infrastructure, finances... C'est ainsi, par exemple, que nous devons résolument nous investir dans le dispositif des bases de défense auquel nous sommes en mesure d'apporter une contribution significative. Cette bonne intégration dans le dispositif général de nos armées constitue d'ailleurs l'autre volet de la garantie de fidélité dévolue au COMLE.

Nous ne devons en aucune manière nous considérer comme une "citadelle assiégée" dont quelques adversaires mal intentionnés chercheraient à gommer les différences. Nous sommes au contraire une communauté chargée de porter et de mettre en oeuvre une idée française originale, universelle et généreuse. Une idée qui fonctionne ! Notre combat doit consister à faire en sorte que cette idée puisse traverser le temps et les épreuves, au service de notre pays.

Bonne lecture à tous,

Général de division Alain BOUQUIN