Savoir donner le ton !

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 751.

Comme vous avez pu le remarquer, le thème retenu dans l'agenda légion 2013 est celui du chant.

Ce choix souligne combien ce patrimoine historique et culturel fait partie des richesses que nous avons à coeur d'apprendre, d'entretenir et de transmettre. Nous connaissons tous les vertus du chant, tout particulièrement à la Légion étrangère.

Je voudrais insister sur quelques unes de ces caractéristiques bien connues.

L'apprentissage du chant contribue à la maîtrise de la langue française. Encore faut-il que les paroles des chants soient correctement expliquées. Trop souvent, la pédagogie de l'imitation amène certains jeunes légionnaires à donner le meilleur d'euxmêmes sans comprendre le sens des paroles prononcées. Les vertus pédagogiques sont réelles mais exigeantes. Je compte sur les chefs de sections pour former leurs jeunes légionnaires dans ce domaine.

Le chant permet également d'exprimer la cohésion, la fi erté et la détermination d'une troupe. C'est un des moyens les plus rapides, les plus faciles et les moins coûteux (paramètre non négligeable dans le contexte actuel) pour donner une colonne vertébrale à une unité, à un détachement. Et ne nous y trompons pas, ce n'est pas une pratique réservée exclusivement à l'échelon de l'unité élémentaire ! La section est le point de départ pour le chant.

Enfin, le chant réchauffe le coeur et soude les hommes, surtout lorsque pourrait poindre le cafard, éternel ennemi du légionnaire. Nous sommes tous convaincus de ces vertus pédagogiques du chant.

Et pourtant... les anciens me le disent souvent, on chante moins qu'avant, on connaît moins de chants, on n'ose plus chanter. Où est donc la faille ? Les qualités vocales des légionnaires ont-elles régressé ? L'apprentissage du français est-il devenu inutile ? Les unités sont elles soudées à un point tel que le chant ne soit plus nécessaire ? Rien de tout cela à mes yeux.

Pour chanter, il faut donner le ton ! Voilà une expression très riche de sens dans la vie militaire. Donner le ton, c'est créer l'ambiance chez les caporaux-chefs, au sein du corps des sous-officiers, des officiers, dans une unité. Les présidents de catégories savent qu'ils ont, eux aussi, un rôle éminent d'exemplarité à jouer. Donner le ton, c'est souder tous ses subordonnés autour d'un enjeu, d'un projet ou d'un défi . Car lorsque le chef y croit, ses subordonnés le suivent. Donner le ton, c'est savoir prendre l'ascendant sur son entourage, pour le bien commun. Donner le ton, c'est rythmer la vie en se montrant fédérateur.

En résumé, donner le ton, c'est avoir le courage de marquer ses subordonnés, de les dynamiser, de les souder. C'est montrer sa compétence en fi xant le cap, en donnant du rythme et de l'ardeur.

Alors y a-t-il un grade privilégié pour donner le ton ? J'ai pu constater que si tout le monde considère que la première qualité du chef est l'exemplarité, dans le domaine du chant, il se pratique trop souvent une "subsidiarité en cascade" qui fait désigner pour donner le ton, le plus jeune ou le dernier arrivé, sous les yeux de nombreux camarades paralysés par leur incapacité à entonner eux-mêmes un chant.

Chant et commandement sont à mes yeux étroitement liés. Chacun d'entre nous doit savoir faire un pas en avant et lancer un chant. Et le plus dur, c'est de donner le ton pour la première fois. Je souhaite que nous fassions tous un effort cette année pour faire revivre nos chants. Alors sortons nos carnets, ayons le courage d'éteindre dans les clubs et les mess, les écrans inutilement allumés et qui sont souvent les pires ennemis de la cohésion et du chant.

À partir du grade de caporal, chacun devrait savoir lancer un chant. Donner le ton, c'est montrer son goût pour les responsabilités, c'est montrer un caractère de chef !

Alors, ouvrez vos carnets. Le ton est donné pour l'année 2013.

 

Général Christophe de Saint Chamas,
commandant la Légion étrangère

Source : Képi Blanc magazine
Crédit : Légion étrangère

| Ref : 286 | Date : 30-01-2013 | 16458