L'heure du bilan

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 735

Àquelques semaines de quitter le commandement de la Légion étrangère, je suis tenté de regarder derrière moi, derrière nous. C’est pourquoi je souhaite vous faire part de quelques réfl exions qui seront les dernières avant de laisser mon poste.

Je voudrais tout d’abord rendre hommage à nos morts des deux ans écoulés :

 


Tous, ils avaient donné leur jeunesse à notre communauté, à la France. Tous, ils avaient servi avec honneur et fi délité sous le fanion vert et rouge de la Légion.

Nous avons vécu une période de restructurations importantes : montée en puissance des bases de défense, transfert de la 13e DBLE aux Émirats arabes unis, création d’une compagnie au 3e REI, dissolution de la CAC du 2e REI… Cette période restera marquée par une réduction signifi cative de nos effectifs : la Légion a contribué sans rechigner à l’immense effort d’adaptation demandé à nos armées. Elle a su le faire sans états d’âme, elle a su montrer son aptitude au changement, elle a su puiser dans sa force collective pour trouver des solutions aux situations nouvelles, elle a su inscrire son action dans une dynamique de changement à laquelle elle a apporté sa contribution.

C’est à la souplesse et à la réactivité de chacun de vous qu’elle le doit. Nous avons également vécu une période diffi cile au cours de laquelle des affaires graves auraient pu ternir notre image de marque. Vous avez fait face avec coeur et cohésion à une exploitation médiatique qui nous a parfois peinés, sans jamais céder à l’amertume. Vous avez mis en oeuvre les évolutions qui s’imposaient pour rectifi er ce qui devait l’être. Vous avez mis en place des dispositions concrètes en matière de contrôle et de rigueur. Vous n’avez pas hésité à vous remettre en cause, individuellement et collectivement. Vous avez démontré que notre style de commandement conservait toute sa pertinence lorsqu’il est mis en oeuvre avec compétence et avec coeur. Nos outils de rayonnement (la musique, Képi blanc, le musée, l’ATHLEG…) sont venus compléter ce travail de fond. L’apaisement de ces derniers mois est votre victoire à tous : vous avez su regagner la confi ance de nos chefs et de nos concitoyens.

Ces deux années auront été marquées par une réfl exion collective sur nos règles de vie et sur les évolutions à apporter à notre savoir être légionnaire. Le Conseil de la Légion étrangère, créé il y a un an, en est la concrétisation majeure. Ses travaux sur l’identité déclarée, sur les passeports, sur les titres de séjours, sur la naturalisation par le sang versé, sur le statut du foyer d’entraide, sur les permissions, sur la patrouille Légion étrangère, sur le suivi des blessés… en sont autant d’illustrations. Il faut remercier nos anciens qui nous ont conseillés et soutenus dans cette démarche proactive : ils exercent à notre profi t un rôle de conscience et de mémoire irremplaçable, dans un esprit de famille auquel nous sommes attachés. J’ai le sentiment que, sans révolutionner le fonctionnement de notre communauté, nous avons ensemble fait en sorte qu’elle soit mieux armée pour affronter l’avenir dans le contexte d’une société moderne en pleine mutation : la Légion reste une institution “à part”, mais qui toujours su ne pas être “marginale”. Il faut qu’elle continue dans cette voie.

Enfin, et bien que cela ne soit pas dans mes attributions, je me réjouis des beaux succès que nos unités ont obtenu en opérations. Nous restons une “force combattante” fi able sur laquelle notre pays sait pouvoir compter. Et c’est après tout le principal, car l’engagement opérationnel est notre raison d’être. Aucune de nos réussites ne vaudrait si un jour nous devions cesser d’être cette troupe reconnue et admirée. C’est un défi de tous les instants : un défi pour le recrutement, un défi pour la formation, un défi pour la préparation opérationnelle, un défi en termes de cohésion, de cohérence et de fraternité d’armes. Notre “socle” a sa part dans ces succès : c’est parce qu’il est solide, effi cace et dévoué que nos légionnaires peuvent ensuite être engagés avec la certitude qu’un “dépôt commun” assure de manière inébranlable les missions courantes.


Cet état des lieux trop rapide m’ancre dans plusieurs certitudes :


D’autres combats, d’autres challenges, d’autres évolutions, d’autres remises en question nous attendent ; je suis certain que vous serez à nouveau capables de les porter, de les gérer et de les mettre en oeuvre. Votre volonté, votre enthousiasme, votre disponibilité, votre cohésion et votre détermination seront les garants des succès à venir. Vous inspirez la solidité et la confi ance : c’est un capital précieux qu’il faut préserver.

Au général de Saint Chamas qui va prendre en main les destinées de notre institution, je voudrais dire de faire sienne cette confi ance dans l’avenir qui vous anime. Il va à son tour exercer des responsabilités magnifi ques : je lui souhaite de connaître avec vous toutes les joies que vous m’avez procurées pendant ces deux années passées à votre tête.

Je voudrais pour conclure vous dire l’émotion qui est la mienne au moment où nous allons nous séparer. Dans quelques semaines, j’aurai quitté défi nitivement la Légion d’active et je ne serai plus jamais qu’un ancien. Je resterai viscéralement membre de votre communauté. J’y ai trouvé mes plus belles satisfactions professionnelles. J’y ai reçu bien plus que je ne lui ai apporté, et je continue à me sentir redevable de la vie qu’elle m’a offerte. Ma belle carrière, je la dois à ces hommes, à ces légionnaires, qui ne m’ont jamais déçu et dont l’exemplarité m’a toujours forcé à me dépasser.

Bonne lecture à tous,

| Ref : 178 | Date : 23-08-2011 | 26802