L'HERITAGE DU GENERAL ROLLET

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 731

Le 16 avril 1941, à Paris, le général Rollet rendait son dernier soupir. Le 15 avril prochain, à Puyloubier, sur sa tombe, puis à Aubagne, nous rendrons hommage à sa mémoire soixante-dix ans après sa disparition. Mais davantage que de passé et de souvenir, c'est d'actualité et d'avenir dont il faut parler quand on évoque le personnage.

En effet, quand on porte un regard attentif sur le travail effectué par le général Rollet, on comprend mieux pourquoi il reste considéré comme le "père de la Légion". Sa pensée et la manière dont il l'a traduite en actions concrètes sont d'une étonnante modernité. On peut dire qu'il a créé la Légion moderne cent ans après sa création offi cielle. Et il reste un modèle de chef pour tous les cadres ayant à exercer des responsabilités au sein de notre institution. Ceci explique en grande partie le prestige très particulier dont il jouit au sein de notre communauté.

Il est le premier à s'être saisi de sujets qui sont devenus au fi l du temps les responsabilités de l'offi cier général en charge des destinées de la Légion, quel que soit le titre qu'on lui ait donné (commandant ou inspecteur). Ces sujets constituent aujourd'hui l'essentiel des attributions du général COM.LE.

En matière de gestion du personnel, il met d'abord en place les règles et les structures (création du "dépôt commun" de la Légion étrangère) nécessaires à la coordination du recrutement et de la formation des légionnaires, avec l'objectif clairement affi ché de construire la cohésion légionnaire autour d'un référentiel commun de valeurs, de savoir-être et de savoir-faire. Puis, au moment où est étudiée la création de l'Inspection de la Légion étrangère, ce sont les questions d'effectifs et d'encadrement qu'il met au premier rang de ses prérogatives futures. Il va ainsi réaliser la centralisation et l'optimisation de ces fonctions essentielles.

En matière d'action sociale, il est le premier à porter une attention soutenue au domaine de la condition du personnel. Dans un premier temps, il se consacre à une série d'actions ciblées ayant trait aux équipements, au logement, aux foyers, aux primes, à la reconversion… C'est ensuite une véritable politique sociale et de solidarité qu'il est conduit à formaliser et à développer, ayant compris que les besoins du légionnaire sont particuliers et qu'ils nécessitent, pour être correctement satisfaits, des solutions elles aussi particulières. C'est enfi n aux anciens qu'il consacre une bonne part de ses efforts. On lui doit diverses initiatives novatrices qui ont survécu aux aléas de l'histoire : création du centre d'hébergement à Marseille, initiation des premières associations d'anciens, dont il va très vite identifi er le besoin d'une mise en cohérence, création de la maison d'Auriol, mise en chantier d'une "oeuvre d'entraide" dont notre FELE est l'héritier direct. Dans le domaine de la solidarité, le général Rollet a tout inventé : il a mis en place les structures qui continuent, sous d'autres appellations, à agir au profi t des légionnaires et des anciens.

En matière de communication, il a également été un esprit novateur. Il avait instinctivement compris la richesse humaine de notre recrutement et l'intérêt médiatique qu'il pouvait susciter. Il a ainsi su transformer l'image du légionnaire, trop souvent perçu comme un voyou en rupture de ban, pour mettre en valeur sa personnalité attachante et ses qualités de dévouement inégalées. Il a eu lui aussi à répondre à des détracteurs dans un environnement (celui de l'entre-deux-guerres) parfois hostile. Ses deux grandes initiatives en matière de communication ont été l'honorariat et la célébration de Camerone dont il a imaginé le rituel devenu immuable, en lui conférant le faste, le panache et l'émotion qui continuent à présider à nos célébrations annuelles.

En matière de patrimoine et de traditions, il a constamment oeuvré au renforcement de la cohésion légionnaire autour de ses valeurs propres, en donnant une réalité matérielle visible à notre mémoire. On lui doit, bien sûr la "boule", ce monument aux morts dont il a décidé la construction et dont il a arrêté lui-même les plans ; elle reste aujourd'hui le symbole par excellence de la "Maison-mère". Son autre grande création est le musée de la Légion : à l'origine c'est une simple salle d'honneur à laquelle il a voulu donner de l'ampleur et du cachet, mais aussi avec l'idée que le musée ne devait pas être simplement un site d'exposition destiné au public, mais avant tout un lieu de "sens" pour notre communauté. On lui doit enfi n la rédaction du livre d'or de la Légion étrangère, ouvrage de référence de notre histoire, de notre richesse humaine et de nos traditions.

La transformation de la Légion, voulue par le général Rollet dans les années trente, reste quatre-vingt ans après d'une surprenante actualité. Ce sont l'esprit, les règles et les structures qu'il a mis en place qui continuent à ordonner la vie de la Légion du vingt-et-unième siècle et à donner du souffl e à notre institution. Le général Rollet a littéralement "réinventé" la Légion et lui a donné les fondations qui lui ont permis de traverser l'histoire sans jamais perdre son âme. La pensée et l'action du général Rollet doivent continuer à nous inspirer quotidiennement. Il nous a transmis un héritage solide qui a l'immense mérite de demeurer parfaitement pertinent et adapté à l'ère de la mondialisation, de l'informatique et de la communication.

Bonne lecture à tous

Général de division Alain BOUQUIN

| Ref : 164 | Date : 20-04-2011 | 24801