Le Conseil de la Légion étrangère

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 725

Les exigences de notre engagement d’étrangers au service de la France trouvent leur traduction concrète dans le code d’honneur du légionnaire et dans notre style de commandement. Elles fondent un esprit de corps unanimement reconnu dont nous pouvons être fiers.

Ce savoir-être légionnaire que nous entretenons avec soin repose sur quelques principes simples au premier rang desquels figure celui qui consiste à toujours considérer que l'homme, le légionnaire, est la réalité qui précède toute les autres dans notre communauté. Tout a donc toujours été mis en oeuvre pour s’assurer de sa valeur militaire et de son aptitude à remplir les missions confi ées, mais aussi de son moral et de son bien-être. Sans qu’il existe d’instances de concertation offi cielles comparables à celles mises en place dans le reste des armées, la Légion a toujours veillé à entretenir un dialogue étroit entre la hiérarchie et les hommes ; elle a su créer à sa manière des "espaces de concertation" adaptés aux besoins de l’institution et des individus qui la composent : le rapport, bien sûr, mais aussi la revue d’effectifs, la revue de la garde, les commissions participatives, ou, de manière moins formelle, les tables rondes, les clubs des unités élémentaires...

Il est souvent étonnant de constater que ces modes éprouvés de concertation interne font plutôt bon ménage avec notre discipline réputée hermétique à la discussion : ces deux piliers de notre fonctionnement ne sont donc pas aussi incompatibles qu’on pourrait le penser au premier abord... Ma longue expérience m’a d’ailleurs permis de constater que nos personnels de tous grades,
lorsqu’on leur donne l’occasion de s’exprimer, savent parfaitement trouver leur juste place et formuler avec mesure des idées souvent excellentes car toujours inspirées par le souci du bien commun.

Il reste que les militaires servant à titre étranger n’ont pas accès aux instances de concertation des armées, Conseil de la fonction militaire / terre et Conseil supérieur de la fonction militaire, la désignation des membres étant subordonnée à la condition de servir à titre français. Ils n’avaient donc pas jusqu’ici la possibilité de faire valoir leurs préoccupations, leurs envies ou leurs suggestions dans une structure de dialogue de niveau supérieur. C’est pourquoi, reprenant une idée ancienne, mais jugée trop en avance sur son temps, il est apparu nécessaire et judicieux de créer un Conseil de la Légion Etrangère. Le CLE a vu le jour le 5 juillet dernier, et ce nouvel acronyme fait désormais partie de notre vocabulaire.

C’est une instance consultative chargée à la fois de fournir aux autorités des éléments d’appréciation sur la situation de la Légion et de leur donner un avis sur les décisions en préparation dès lors qu’elles ont un impact sur les conditions particulières du service à titre étranger.

Le domaine d’attribution privilégié du CLE est bien sûr celui des règles de vie communes à la Légion étrangère ; il inclut tous les sujets ayant des répercussions directes sur les conditions de vie des cadres et légionnaires : recrutement, gestion, formation, service courant, protection et sécurité, solidarité, moral, traditions, patrimoine... C’est pourquoi toutes les catégories de personnels y sont représentées : offi ciers (chefs de corps de formations de la Légion), sous-offi ciers (représentés par leurs présidents) et
militaires du rang (représentés par des présidents de caporaux chefs).

Le CLE a vocation à être à la fois un outil de cohésion pour la Légion et un outil de "cohérence de la Légion au sein des armées". Il doit nous permettre ensemble d’harmoniser nos pratiques, de simplifi er nos procédures, d’examiner périodiquement la réalité et l’utilité de nos règles de vie. La présence du CEMAT est garante d’un regard extérieur à notre communauté, de la bonne adaptation des spécifi cités légionnaires aux besoins des armées et d’une parfaite contribution de la Légion aux objectifs de l’armée
de terre, dans la logique d’une saine intégration.

Le CLE doit donc pouvoir s’appuyer sur une participation active des personnels qui seront appelés à y siéger. On doit pouvoir y discuter librement de tous les sujets de vie courante. Il sera important de lui conserver son caractère consultatif, gage de la liberté d’expression : les propositions qui y seront débattues auront ensuite naturellement vocation à faire l’objet de décisions qui resteront
de la responsabilité du commandement.

Je souhaite que le CLE devienne une véritable force de proposition et que son action soit à même de nourrir notre réfl exion collective sur l’avenir de notre institution. J’en attends beaucoup et je suis résolument optimiste : son rôle nous permettra ensemble de rendre encore plus effi cace, encore plus humaine et encore plus solidaire notre communauté, dans le souci constant de sa contribution à la défense de notre pays.

Bonne lecture à tous

Général de brigade Alain BOUQUIN

| Ref : 137 | Date : 08-10-2010 | 24430